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ENTRETIEN – Olivier Rigaud est cofondateur du collectif contre la Tour Triangle, un collectif associatif lancé en 2011. Alors que le gratte-ciel devrait être inauguré en 2027, le militant associatif revient sur les controverses qui ont entouré ce projet, notamment les soupçons de favoritisme visant la mairie de Paris au profit de l’entreprise Unibail. Il se dit également satisfait du combat mené depuis plus de dix ans contre la construction de la tour.
Julian Herrero
24 avril 2026
Tour Triangle – Même si la tour va être livrée l’année prochaine, nous avons su influencer les élus du Conseil de Paris pour les futurs projets, se félicite Olivier Rigaud.
Epoch Times – Pourquoi le projet de construction de la Tour Triangle a-t-il suscité une vive opposition des Parisiens ?
Olivier Rigaud – Tous les Parisiens ont gardé un goût amer de la construction de la tour Montparnasse. À l’époque, ce projet avait été tellement critiqué qu’il n’a plus été question pendant une quarantaine d’années de construire des tours dans Paris.
Mais en novembre 2007, l’exécutif parisien a lancé une vaste enquête publique dont l’un des volets comportait la construction de tours de grande hauteur à Paris. Environ 120 000 Franciliens avaient été consultés.
À l’issue de l’enquête, 63 % des personnes consultées s’étaient déclarées hostiles à la construction de nouveaux immeubles de grande hauteur.
Malheureusement, la mairie de Paris n’a pas tenu compte de ce résultat puisqu’en 2008, l’ex-maire de la capitale Bertrand Delanoë a rendu public le projet de construction de la Tour Triangle. L’idée consistait très certainement à donner une image plus « moderne » de la ville. C’est ainsi que le débat autour du bâtiment est né.
Quelle est votre analyse des soupçons de favoritisme impliquant la mairie de Paris au bénéfice de l’exploitant privé Unibail ?
Cette suspicion de favoritisme est dénoncée depuis des années. Quand nous nous sommes opposés par voie juridique au permis de construire, la mise en concurrence pour le renouvellement du bail à construction du parc des expositions de la Porte de Versailles ne nous semblait pas équitable. À l’époque, nous avons néanmoins décidé d’arrêter nos poursuites (au Pénal pour limiter nos frais de Justice) et cette affaire s’est éteinte.
Mais en 2020, un rapport de 70 pages de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France nous a encouragés à nous pencher à nouveau sur la question.
Le document semble faire la démonstration que nous sommes en présence d’une passation de marché public non équitable.
Par ailleurs, des personnalités politiques à l’instar de Rachida Dati ont fait un signalement article 40 auprès du Procureur de la République et l’association Anticor (association anticorruption) a déposé une plainte au Parquet National financier.
S’en est suivie l’ouverture d’une procédure d’instruction préliminaire, puis d’une procédure d’instruction décidée par le Procureur de la République financier. Des perquisitions ont même eu lieu à l’Hôtel de Ville en juillet 2022 et au siège d’Unibail-Rodamco-Westfield en avril 2023.
Pourquoi parle-t-on d’un droit d’entrée de 263 millions d’euros ?
Dans le cadre du projet de la Tour Triangle, le groupe Unibail-Rodamco-Westfield (alors, Unibail) a demandé la résiliation anticipée du bail à construction du Parc des expositions de la Porte de Versailles, initialement prévu jusqu’en 2026, afin de pouvoir moderniser le site. Cette résiliation, intervenue en 2015, a donné lieu à une indemnisation calculée sur la base du chiffre d’affaires que l’entreprise aurait perçu jusqu’au terme du bail, soit environ 263 millions.
Pour justifier que l’opération ne coûterait rien aux finances publiques, la Ville de Paris a mis en place un mécanisme consistant à exiger du futur titulaire de la concession un droit d’entrée du même montant. En théorie, cette somme devait compenser l’indemnité versée.
Cependant, dans les faits, ce montage avantageait fortement Unibail : si le groupe remportait le nouvel appel d’offres, ce qui a été le cas, il n’avait en réalité rien à payer, puisque le montant du ticket d’entrée correspondait à l’indemnisation qu’il recevait.
En revanche, tout autre candidat, comme GL events, aurait dû s’acquitter de ces 263 millions d’euros sans compensation, ce qui semble constituer un désavantage majeur.
C’est pourquoi la chambre régionale des comptes d’Île-de-France a estimé que le montage est déséquilibré et porte atteinte à l’égalité entre les candidats, un principe fondamental du droit des marchés publics. Ce déséquilibre, combiné à des échanges internes révélés par le Canard Enchaîné en avril 2025 puis Libération en avril 2026, laissant penser que le projet pourrait avoir été préparé en amont avec l’exploitant en place, alimente les soupçons de favoritisme.
Selon des révélations du Canard enchaîné remontant à mai 2025, en février 2010, Élisabeth Borne, alors directrice de l’Urbanisme à la mairie de Paris, aurait envoyé des e-mails à ses collaborateurs semblant contenir des éléments de langage de l’entreprise Unibail-Rodamco. « Éviter de dire « on s’est mis d’accord avec Unibail », mais [dire] « nous avons expliqué tout cela à Viparis » (filiale d’Unibail) », est-il notamment écrit dans le courriel. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Nous parlions à l’instant de suspicion de délit de favoritisme. Dans ce cas précis, nous pourrions évoquer une suspicion de collusion entre des sociétés privées et des élus, ce qui est encore plus grave. Sur le plan pénal, des sanctions très lourdes peuvent être prononcées contre des élus tentant de s’arranger avec des entreprises.
Il peut être question de 10 ans de prison, d’un million d’euros d’amende, voire plus si l’on agit en bande organisée.
Maintenant c’est au magistrat du parquet national financier de vérifier qu’il n’y a pas eu favoritisme, ni collusion.
Par ailleurs, je m’étonne que ces mails révélés par la presse ne soient pas sortis plus tôt.
Doit-on envisager qu’un certain nombre d’élus, de hauts fonctionnaires et de fonctionnaires aient volontairement fermé les yeux sur cette situation ? Je rappelle que s’ils avaient connaissance d’une quelconque infraction ou d’un quelconque délit, ils devaient faire un signalement article 40 au Procureur de la République. C’est une obligation.
Ce dossier, maintenant dans les mains du Parquet National Financier, pourrait non seulement être lourd de conséquences, mais aussi impliquer énormément de monde.
La Tour Triangle va être inaugurée l’année prochaine. Que reste-t-il à espérer pour les opposants au projet ?
Nous nous sommes fait une raison. Nous savions que notre combat contre la construction de cette tour ressemblait à celui du pot de terre contre le pot de fer. Néanmoins, nous avons quand même remporté, d’une certaine manière, une victoire.
Nous avons réussi à influencer nos élus au Conseil de Paris. Aujourd’hui, il n’y a plus de majorité pour déroger aux règles de plafonnement et construire d’autres immeubles de grande hauteur dans Paris.
Nos élus ont compris que ces tours sont une aberration environnementale et sociale et que l’on peut faire mieux et moins cher pour le bien de la planète et des Parisiens.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.
Julian Herrero
